Fibromyalgie: la douleur chronique mieux comprise

Pathologie complexe impliquant le cerveau, les muscles et les nerfs périphériques, la fibromyalgie touche 680 000 personnes en France, avec une incidence quatre fois plus élevée chez les femmes. © Inserm / P. Delapierre

L’expertise scientifique collective apporte un éclairage nouveau sur les mécanismes pathologiques de la fibromyalgie. D’origine inconnue, la localisation de ces douleurs chroniques cible désormais certaines régions du cerveau ainsi que les muscles. Avec l’impact, l’incidence du stress et une trace génétique.

Mal diagnostiqué, impactant gravement la qualité de vie et surtout sans traitement efficace car non médicalement expliqué. C’est ainsi que se caractérise aujourd’hui la fibromyalgie, une maladie qui est loin d’être confidentielle.

En effet, cette source de douleur chronique généralisée touche 680 000 personnes en France, avec une incidence quatre fois plus élevée chez les femmes.

Une pathologie à part entière, pas imaginaire

Ce constat est en train de changer grâce aux résultats d’une expertise collective menée par l’Inserm. Il est basé sur l’analyse de 1 600 études sur la fibromyalgie, menées au cours des dix dernières années. Première leçon: ce syndrome n’est pas, comme parfois sous-entendu, une maladie imaginaire ou psychosomatique. Il s’agit d’une «  pathologie à part entière, potentiellement liée à des anomalies biologiques  », souligne le neurologue Didier Bouhassira, l’un des experts de l’Inserm.

Amplification de la douleur par le cerveau

Grâce aux progrès de l’imagerie cérébrale, l’expertise a pu démontrer que les patients souffrant de fibromyalgie amplifient la sensation de douleur. Comment? ‘Ou quoi ? En suractivant la région du cerveau mesurant l’intensité de la douleur, tout en sous-activant, cette fois, les régions qui la contrôlent.

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«  Cette hypersensibilité signifie, par exemple, qu’un stimulus indolore, comme une petite pression sur la main, sera perçu comme douloureux  », explique Gisèle Pickering, une autre experte.

Un syndrome d’une grande complexité

Cependant, le cerveau n’est pas le seul impliqué. La recherche montre que, dans certains cas, la faiblesse musculaire souvent associée à la douleur chronique est causée par des dysfonctionnements de l’activité électrique et / ou énergétique des muscles. L’absence de petites fibres nerveuses, responsables de l’influx douloureux vers la moelle épinière, serait également suspectée.

Au final, la fibromyalgie se présente comme une pathologie complexe car elle implique le cerveau, les muscles et les nerfs périphériques. Reste à déterminer pour chacun de ces trois acteurs s’il s’agit bien de la cause de la pathologie ou simplement d’une conséquence.

Le stress et un facteur génétique impliqués?

L’expertise collective suggère également l’existence de facteurs psychologiques (certains traits de personnalité, une expérience traumatique, etc.). En favorisant un stress important, ce sont eux qui modifieraient les voies de la douleur cérébrale comme observé. Des conclusions pertinentes quand on connaît, remarque Didier Bouhassira, «  l’interconnexion forte au niveau cérébral des systèmes de régulation du stress et de la douleur  ».
Enfin, l’analyse de l’ADN des personnes atteintes de fibromyalgie a permis d’identifier une variante génétique. Une étude à grande échelle (700 patients) est en cours pour confirmer le rôle de ce gène. Premiers résultats attendus en 2022.

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